La première fois (de Solal) que j'ai eu la honte de ma vie

Publié le par fcrank

Voici le récit de Solal, avec des vrais morceaux de honte dedans. Sinon, j'ai enfin du beau temps, après avoir subi les 3 jours les pires qu'a connus la Côte d'Azur depuis 6 mois (juste quand je suis arrivé, comme par hasard !).

Blog_solal_2 Printemps 2000. J’avais vingt-cinq ans, je venais de passer du côté obscur de la force après avoir goûté des demoiselles depuis l’adolescence. Après une histoire d’amour impossible –il était hétéro- et quelques foireux épisodes de touche-pipi, j’attendais celui qui saurait enfin me faire vivre les tourbillons de l’extase et de la passion.

Me retrouvant seul un soir chez mes parents, j’eus l’idée saugrenue d’allumer le minitel (pour les petits cons nés après 1980, une espèce d’ordinateur primitif à l’écran monochrome relié au téléphone, c'est un peu la préhistoire de l'internet) et de me connecter à un site de dialogues gay. Très vite, un contact :" brun28a". Contrairement aux habitudes, alors que ce genre de conversation doit normalement s’engager sur des histoires de mensurations et de performances, l’échange prend un tour badin, avec de l’humour et du second degré. Je commence à bien l’aimer celui-là, suffisamment pour avoir le cran, malgré ma timidité maladive, d’accepter un rendez-vous.

Première rencontre à la terrasse du café à l’angle des rues Jacob et Bonaparte. Quartier haut de gamme pour un garçon qui ne l’est pas moins : c’est pratique pour lui, il sort de chez BabyDior où il a trouvé une babiole pour sa filleule. Je découvre à cette occasion son pedigree : un nom dans le Who’s who, une résidence dans les Yvelines chic, une maison de vacances à la Baule, des vacances en Relais&Châteaux… En fait tout ça je m’en fous*, ce n’est pas le premier riche que je croise, de toute façon il ne joue pas dans ce registre, il est juste honnête sur sa situation et n’en fait pas tout un étalage. Il est surtout bel homme, je suis séduit par sa classe et son flegme distingué, et, pour couronner le tout, il me fait rire.

Quelques heures après cette première fois, je reçois un SMS : il a goûté le moment, il a très envie de me revoir. Ca tombe bien, moi aussi. Je suis en fait carrément abasourdi de plaire à ce mec. Deuxième rendez-vous, gastronomie et musique persanes au menu dans un resto du côté de Maubert, suivi d’une promenade dans l’air déjà chaud de cette soirée de printemps parisien –et nous en restons là (en fait, durant cette balade, j’espérais, j’imaginais qu’il me prenait dans ses bras, et rien que cette idée me faisait bander comme un fou, mais je dus encore patienter).

Troisième rendez-vous quelques jours plus tard à la terrasse du café Beaubourg pour l’apéro. Je me sens léger, heureux, je commence à prendre de l’assurance. J’aime qu’il prenne le temps** de me faire la cour. Nous avons encore plein de choses à nous raconter, et, je ne sais pas pourquoi, la conversation dévie sur les bagnoles. Il a dans l’idée de faire retaper une décapotable allemande, rien qu’avec la sellerie il y en a pour plusieurs dizaines de milliers de francs. Je lui dit que, pour ma part, je n’y connais rien : je sais faire la différence entre « grosse voiture », « petite voiture », « décapotable » et « camion », et ma science s’arrête là. Il me répond que je joue au faux modeste et que, même si on n’y connaît rien, on peut aimer les lignes, le confort… Justement, il y une voiture garée là, sur la droite (pour ceux qui visualisent le lieu, sur le coté de la voie piétonne qui relie la rue Beaubourg à Sébasto en passant devant le café Beaubourg). Une grosse berline sombre aux vitres teintées.

Il veut mon avis ? Il va l’avoir. Je ne veux pas qu’il pense que je suis impressionné ou intéressé par l'argent, le sien en particulier. Je veux qu’il sente que c’est sa personnalité et son esprit qui m’intéressent, que je ne suis pas matérialiste pour deux sous**. Alors je lui sors mon petit couplet gaucho-écologiste*.

«Tu veux que je te dise ? C’est juste une grosse bagnole de naze. Moi, de toute façon, à la base, je déteste les bagnoles et je trouve que ça pue du cul**. J’admets qu’à certains endroits, t’en as besoin. Mais un tank comme ça, ici, en plein Paris, franchement… Des vitres fumées en plus, genre chuis trop une star alors que personne doit le connaître, le pauvre type à qui elle appartient. Intérieur cuir j’imagine… Idéal pour sauter son assistante, avant de rentrer retrouver bobonne et sa tronche fripée.

- Eh bé dis-donc, t’y vas pas avec le dos de la cuillère !

- Qu’est-ce que tu crois, j’ai des opinions et je les assume*. En plus, qu’est-ce qu’il a besoin de se garer là ce gros con, mais non, monsieur est trop malin pour aller dans un parking comme les autres, il faut qu’il vienne faire chier ici lâcher son gaz qui schlingue sous notre nez. Comportement typiquement hétéro-beauf, j’ai une petite bite alors je compense avec une grosse bagnole !

- Tu m’as habitué à plus de nuance sur d’autres sujets…

- Ouais mais là ça pue trop le fric et la connerie.

Yes ! Je suis sûr qu’il a compris le message !

- Euh, je sais pas trop comment te dire… en fait… c’est la voiture de mon père…

GniiiiiiiiiIIIIIIIIINNNNNNNNN.

Liquéfaction instantanée. Je pense que je suis devenu tout rouge, que j’ai articulé une espèce de borborygme infâme avant de sourire niaisement. En vrai, j’étais tellement mal que je ne me souviens plus des minutes qui ont suivi.

Il ne m’en a pas tenu rigueur, puisque, quelques heures plus tard, il m’offrait un moment de grand frisson sous la couette. Mais, alors que nous sommes quand même restés toute une année ensemble, il ne m’a jamais présenté son père…

* oui, je sais, j’ai bien changé…

** mais pas tant que ça en fait !

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ass 03/12/2007 18:03

Pelo.. tu recois des sms alors que le minitel est encore là, anachronismatiquette moi j'dis .. GO arreter d'inventer

Solal 24/08/2007 11:48

@chamaudaire: tu veux pas plutôt le mien? paske franchement, lui il commence à être défraîchi et plus si intéressant, tandis que moi je suis en pleine floraison de mon potentiel de (encore) jeune cadre dynamique.
@MarcelD: merci les cop's de retourner le couteau dans la plaie, comme si j'étais pas assez déprimé! ;-)

MarcelD 23/08/2007 14:14

C'est ce qu'on appelle une grosse boulette ! Oh putain le con ! MDR

Chameaudaire 23/08/2007 13:19

> Oh F.!!!!! Truc de ouf!! t'es chez moi?!
> Solal, suis matérialiste et superficiel et je l'assume [humour -- quoique...], le portrait du gars m'irait à merveille, t'as toujours son numéro??? ;)