La première fois que je passe pour un gigolo

Publié le par fcrank

Lors de mon séjour dans le Sud, je me suis promené à plusieurs reprises avec la femme du frère de mon père, ma tante en un mot.

J’aime beaucoup ma tante, en particulier parce qu’elle a un sens de l’autodérision assez prononcé et parce qu’elle a l’alcool rigolo, les deux étant d’ailleurs généralement concomitants. Par certains aspects, elle a tout d’une grande bourgeoise de province insupportable. Toujours très polie mais avec un air pète-sec et n’hésitant pas à râler auprès du petit personnel qui ne la servirait pas avec les égards requis. Sa manière pincée de prononcer « Bonjour Mâdâme » me fait intérieurement mourir de rire (au début ça me foutait un peu la honte mais j’ai plutôt pris le parti de trouver cela hilarant). Mais ses bonnes manières ne sont qu’une façade mondaine. La bourgeoise pimpante se transforme à l’occasion en langue de vipère à l’humour ravageur.

Alors que nous faisions un peu de lèche-vitrine dans les rues de cette petite station balnéaire de la côte varoise, il m’a semblé croiser plusieurs regards curieux de constater la complicité unissant une dame appartenant à la catégorie des « senior » et un beau jeune homme bronzé d’une trentaine d’années son cadet (ben oui c’est moi !), l’absence de traits communs ne permettant pas de présumer un quelconque lien de parenté entre les deux.

Notre couple atypique s’est momentanément séparé dans une boutique. Au moment où j’ai rejoint la caisse, une vendeuse m’a interpelé : « Monsieur, votre amie m’a dit de vous dire qu’elle était dans la boutique en face ». "Votre amie" ??? Oh my god, elle croit que nous sommes ensemble, au sens sexuello-affectif du terme !

Cela a-t-il déformé ma vision des évènements du lendemain ? Ma tante m’a invité à prendre un café au Club House de son golf. Grande bourgeoise, je vous ai dit. Pour éviter le malentendu de la veille et prévenir tout commérage, elle a passé commande en précisant à la serveuse : « Une menthe à l’eau et un café POUR MON NEVEU », sans lésiner sur l’articulation des trois derniers mots.

J’ai eu l’impression que la jeune femme prenait un air signifiant : « Je ne suis pas dupe mais de toute façon je m’en bats un peu les seins, vous faites ce que vous voulez avec votre fric et avec vos fesses, j’ai d’autres soucis en tête, d’ailleurs putain, le chile con carne d’hier passe pas, ou alors j’ai trop bu, de toute façon j’arrête les cocktails de Mario, tiens ce connard n’a pas répondu à mon SMS, à tous les coups il voulait juste me troncher, ce bâtard je vais le pourrir, bon merde faut que je me concentre sur la commande de mes clients ». Mais peut-être ai-je surinterprété l’air inexpressif de la serveuse.

Toujours est-il qu’à trois mètres, le groupe de six clientes suédoises sexagénaires, occupées à jacasser dans leur langue gutturale tandis que leurs époux achevaient au loin leur parcours de golf, n’a semble-t-il pas entendu la précision généalogique livrée par ma tante. En revanche, au moment de régler l’addition, l’une d’entre elles a bien noté que ma tante m’invitait, qui plus est au moyen d’un billet de 100 € qu’elle a sorti de son sac avec autant de distinction que de naturel. La serveuse n’ayant pas de monnaie, j’ai payé la note, ce qui a donné lieu à un petit manège entre ma tante, qui voulait absolument me rembourser de retour à la maison (« je me fâcherais sinon »), et moi qui le refusait catégoriquement (« Ca me fait plaisir, pour une fois que j’ai l’occasion de t’inviter ! », scène dont la vieille Swedish n’a pas perdu pas une miette.

Et alors que nous partions, mes yeux ont croisé son regard soutenu, tandis que sa bouche me gratifiait d’un sourire non moins insistant. Un instant, j’ai cru qu’elle allait me faire un clin d’œil suggestif, se passer la langue sur les lèvres, se caresser les seins, loucher sur mon entrejambe et glisser discrètement dans mon slip un billet de 500 euros sur lequel elle aurait griffonné son numéro de portable, de manière à bénéficier le soir même de mes prestations de service.

Mes problèmes de train de vie en seraient résolus, mais suis-je prêt à finir comme ça… ?

Massimo_gargia

 

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MarcelD 14/09/2007 14:30

J'ai éclaté de rire sur la surinterprétation des pensées de la serveuse.

Gigolo, ça eut payé, mais maintenant avec la concurrence des travailleurs clandestins, on peine à jo...indre les deux bouts. Encore un drame de la misère!

fcrank 05/09/2007 09:16

sameplayer> la bannière dégueu a disparu
matorif> je ne me le souhaite pas non plus... mais il y a peu de risques de toute façon

matorif 05/09/2007 01:07

excellent ! quel succès ! Mais je ne te souhaite pas de finir comme Massimo !

sameplayer 30/08/2007 19:25

Entre la bannière dégueu et des photos épouvantables comme ça qu'on découvre au dernier moment, il faudrait peut-être penser à mettre un avertissement sur ce blog, pour les personnes cardiaques ou épileptiques.

fcrank 30/08/2007 08:24

cattleya> merci pour ce premier commentaire !
alice> bah pour toi ce serait gratos ;-)